« Chef tu es, et tu demeureras »

    Nous le remarquons tous, la société dans une communication terrible, abondante et soucieuse du bon sentiment, s’autocensure. Il est de plus en plus dérangeant d’ériger des constats, de poser des mots sur les problèmes auxquels nous faisons face. En effet, l’ambiance générale pousse à balayer la poussière sous le tapis, et au travers d’un beau sourire, dire que tout va bien. Les chefs d’aujourd’hui, en partie, préfèrent se taire plutôt que de se faire clouer au pilori par une société ayant la moindre tête pensante dans le viseur.

    Absence de vision ou poids de la société ?

    Dans le constat du quotidien nous entrevoyons deux choses. La première est le poids de la société qui s’abat sur la communication de chacun. Bientôt nous verrons apparaître un certain « délit de sémantique », car aujourd’hui on reproche à une personne assurément plus le contenu de ses Tweets, messages, ou communiqués plutôt que le résultat de ses actions, le bilan de son travail. Tout un chacun qui communique réfléchit plus à la forme du message qu’il va poster plutôt que le fond de la pensée exprimée. POURQUOI ? Car il s’agit de faire passer le même message sans contrarier qui que ce soit. La franchise respectée autrefois, n’est plus qu’un instrument des « non civilisés » qui n’arrivent pas lâcher prise ou n’ont pas assez de recul ou
    assez de tolérance. Un chef aujourd’hui qui relève des problèmes et qui les confie à son autorité devient dérangeant, osons le dire. Pourquoi ? Car selon lui tout ne va pas bien et ce n’est pas acceptable. Il soulève des problèmes que l’on ne veut pas voir et surtout ne pas régler. Nous l’encouragerons à « donner une nouvelle dynamique à sa carrière » au travers d’une mutation pour le bien du service, vers de nouveaux horizons où il sera responsable de lui-même dans un bureau vide plongée dans l’excellente mission de faire des statistiques, par exemple. Le Général de Gaulle a connu ce type l’événement durant sa carrière militaire, et pourtant cela ne lui a pas empêché de libérer la France…

    L’émotion est le monde de l’instantané, de l’urgent, la mesure de sauvegarde pour que le bateau ne coule pas.

    De plus, parlons du poids de la société, ou plutôt du poids de l’émotion. Serions nous sur le perron du manque de vision ? Chaque chef a un devoir de vision, de conceptualisation et d’action marquée dans le temps. Quelle est la situation aujourd’hui et quelle sera cette même situation dans 5 ans ou 10 ans ou même 20 ans ? Quelle dynamique est nécessaire pour l’institution afin de construire un système pérenne pour mes successeurs et avant tout pour le collectif ? Or, il appartient à chaque chef de se concentrer, de penser l’action et de la conduire. Tant que nous réagirons à l’émotion, au travers d’une charge mentale soutenue, la vision ne pourra intervenir. Il faut alors savoir se détacher de la pression extérieure, des réseaux sociaux, de l’émotion ambiante, pour entreprendre ce travail de réflexion. Sans aller dans des grandes figures, il s’agit simplement de s’isoler, déverrouiller le dossier de son siège, fixer le plafond blanc de son bureau et se plonger dans une concentration totale.

    « Le devoir d’un chef est de construire les lendemains de sa corporation et de la France »

    Qui sera le chef de demain ?

    Même si cela semble simpliste un chef restera un chef. Il y a des qualités intemporelles qui collent à la figure du chef.

    L’honnêteté intellectuelle: C’est celle qui permet d’une part de faire état de la situation à ses autorités sans artifice, sans déguisement et même sans rondeur; mais également celle de ne pas se laisser entrainer par l’émotion , voire de commenter l’action de ses autorités sur la place publique, sur les réseaux sociaux. L’intégrité et la franchise sont étroitement liées. On ne peut être honnête sans être franc et vice versa. Cette autodiscipline est l’un des marqueurs du chef.

    Le courage: Celui qui permet de faire face, de se responsabiliser et de se mettre en mouvement pour rétablir une situation floue, dérangeante et qui perturbe l’action du collectif. Le chef dans cette démarche connait la fameuse « solitude du chef », lorsque peut apparaître l’image où il est seul contre tous. Le courage ne s’apprend pas, il s’exerce au quotidien. Il n’est pas l’absence de peur, mais la capacité à la vaincre.

    Discernement: Le discernement n’est que le fruit de la réflexion. Celui de la pesée précise des éléments contextuels et capacitaires. Sans discernement, les actions ne sont pas priorisées dans le temps et dans l’espace. Sans discernement l’action n’a pas de sens.

    L’abnégation ou le sens du service: Si l’on souhaite respecter les 35 heures et en dehors bénéficier d’une liberté totale d’action et de pensée alors il ne faut pas épouser la fonction de chef. Cette mission n’épargne pas les heures inombrables passées à réfléchir, passées au contact de ses équipes.

    Le panache: Celui de mettre en lumière l’action collective et de saluer son brio, son éclat. Au lendemain des situations difficiles vient toujours le jour de gloire, rançon des efforts menés par les équipes. Car le panache c’est avant tout un état d’esprit. C’est de voir les lendemains heureux dans le brouillard et lorsqu’ils viennent, de les célébrer.

    S’il y avait un conclusion à apporter à cet article, nous pourrions dire qu’un magnifique potentiel réside en chaque chef, et qu’il est crucial de le révéler dans ces temps troubles. Etre chef, ne s’invente pas mais se vit chaque jour et chaque instant. C’est être imprégné d’une mission qui nous est confiée afin de jouer sur des éléments de l’imprévu.

    N’ayez pas peur de vos prises de position, n’ayez crainte de ne pas plaire et inscrivez avec intégrité vos actions dans le temps et pour le bénéfice de l’autre, des autres, car même si être chef est un poids, c’est assurément la plus belle récompense qu’il soit.

    BM

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