Louis Oscar Roty, un talent valant de … l’or.

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    Louis Oscar Roty (1846-1911), né et décédé à Paris, est un sculpteur et médailleur français renommé.

    Il signait ses gravures « O.Roty » mais ses initiales complètes auraient pu traduire une valeur certaine !

    Membre de l’académie des beaux-arts qu’il présidera à partir de 1897, il a été honoré à de multiples reprises et a notamment obtenu une première place au réputé grand prix de Rome (catégorie « gravure de médaille et pierre fine »).

    Cet artiste a également été promu commandeur de la Légion d’honneur.

    Un musée lui est consacré à Jargeau (Loiret), adossé à un square portant son nom. Une rue « Oscar Roty » est présente dans le 15ème arrondissement de Paris (quartier Javel), ainsi qu’à Chambon-la-forêt (45).

    S’il est fortement reconnu pour des œuvres restées célèbres, son nom peut aussi être associé à l’univers des sapeurs-pompiers.

    Rescue18 vous explique pourquoi.

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    Oscar Roty est essentiellement connu comme le créateur talentueux de la figure de « la Semeuse » qui illustrera en France des pièces de monnaie à partir de décembre 1898 (en francs, puis en euros ! ) et des timbres-poste à compter de 1903. Cette figure, arborant le bonnet phrygien, constitue l’un des premiers symbole de la République « en pied », certains la qualifiant même de « Marianne de Roty ».

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    Illustrant de nombreux thèmes comme les événements familiaux par exemple, on notera, en cette période actuelle de vaccination, que notre graveur a consacré une médaille à Louis Pasteur à l’occasion de son soixante-dixième anniversaire (1892). Les reconnaissances de la science et de l’humanité sont témoignées à ce pionnier de la microbiologie et inscrites comme telles sur cette œuvre.

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    Mais alors, en cette période de jonction entre les XIXe et XXe siècle, quel est le lien entre Louis Oscar Roty, créateur de la Semeuse, et les sapeurs-pompiers ?

    Il existe au travers de ses qualités de graveur, de médailleur et de sculpteur, avec essentiellement la réalisation :

    • de médailles, pour des mutuelles ou des compagnies d’assurances, mettant en valeur l’action des sapeurs-pompiers
    • de la sculpture du fronton d’une caserne parisienne
    • de la première médaille d’honneur des sapeurs-pompiers créée par la Loi du 16 février 1900

     

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    Les médailles mettant en valeur l’action des sapeurs-pompiers, pour le compte de mutuelles ou de compagnies d’assurances

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    On peut citer les créations réalisées :

    A gauche, pour la mutuelle incendie de Rouen :

    Une femme contemple un bâtiment en feu avec intervention des pompiers. Les armories de la ville de Rouen sont présentes, ainsi que la devise en latin « IN MUTUA FIDE QUIES », c’est à dire « reposer sur une confiance mutuelle ».

    A droite, pour la compagnie d’assurances « La providence » :

    Un enfant, sauvé des flammes, est remis à sa mère par un pompier. On distingue les inscriptions DEVOIR et COURAGE.

     

     

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    La sculpture du fronton du centre de secours Chaligny (75 012 Paris)

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    Oscar Roty, dans l’étendue de ses compétences, est également l’auteur de la sculpture surplombant une porte cochère du centre de secours de Chaligny (26, rue de Chaligny – 75012 PARIS). Cette caserne, inaugurée en 1886 par le préfet Eugène Poubelle, est l’œuvre de l’architecte Georges Roussi lauréat en 1884 du concours organisé en 1884 pour cette construction. Celle-ci  a été influencée par le courant dit de « l’éclectisme » et a été la première à être conçue avec des sols de remises en déclivité pour faciliter le départ des engins hippomobiles. La pente à 4% se révèle aujourd’hui utile pour évacuer les eaux de lavage du sol !

    Une description figure dans la revue « Le Génie Civil » du 17 avril 1886. On y apprend que les sapeurs-pompiers de Paris détiennent  à l’époque 18 pompes à vapeur, chiffre prédestiné !

    L’association de Roussi et de Roty pour une caserne de pompiers ne sera pas sans susciter quelques commentaires amusés …

    On  découvre, au centre du fronton, un visage féminin, symbole certainement de la République. Il est entouré de manière classique de feuilles de chêne et de laurier, avec leurs symboliques habituelles : robustesse et réussite. On retrouve ces symboles sur les drapeaux officiels de la République, notamment ceux des forces de sécurité civile.

    Les « agrès » typiques utilisés par les sapeurs-pompiers à l’époque sont présents : casque à cimier, seau en toile, tuyau, lance, hache, cordage, commande, sangle de sauvetage.

     

     

     

     

    Dans une édition de juillet 2021, le magazine de la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris (à lire ici) a consacré un article à « l’art et la brigade ».  Notre splendide fronton y est mentionné, mais avec une erreur d’appréciation nous semble-t-il. En effet, la légende de la photo indique, je cite : « Le fronton du CS Chaligny représentant, bien avant son arrivée sur nos timbres-poste, la « Semeuse », l’une des principales allégories de la République française. »

    Or, le conservateur du musée Oscar Roty nous a confirmé l’absence de lien formel entre ce visage et le profil de la « Semeuse ».

    A l’origine, celle-ci avait été créée afin d’illustrer en 1887 une médaille pour le ministère de l’agriculture (photo ci-contre).

    Ce projet, non retenu, a été repris par Oscar Roty en 1896 pour répondre à la commande du ministère des finances, avec le succès que l’on connait, au point de traverser les âges pour figurer sur des pièces de monnaie en euros.

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    Cette décoration doit son existence à une Loi du 16 février 1900 qui comportait un article unique :

    « Les sapeurs-pompiers qui compteront trente années de service et qui auront constamment fait preuve de dévouement pourront recevoir du ministre de l’intérieur un diplôme d’honneur et une médaille d’argent.

    La même récompense pourra être accordée, par décret du chef de l’État, à tout sapeur-pompier, quelle que soit la durée de ses services, qui se sera particulièrement distingué, conformément à l’article 32 du décret des 29 décembre 1875 et 10 janvier 1876. »

    Son ruban est de couleur jaune, avec quatre fines bandes tricolores (bleu, blanc, rouge et rouge, blanc, bleu).

    L’avers de la médaille est orné d’une effigie de la République, entourée de la légende « RÉPUBLIQUE FRANÇAISE ». Le revers comprend une figure allégorique avec la mention « MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR », et une inscription « SAPEURS-POMPIERS – 1900 » .

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    La gravure sera donc confiée à Oscar Roty qui, au-delà de ses nombreuses créations, avait également créé des décorations officielles de l’État français. Citons par exemple la médaille commémorative de Madagascar en 1886 (photo ci-contre). On y voit un profil symbolisant la République qui, contrairement à la médaille des sapeurs-pompiers, est coiffée d’un casque.

    Ce modèle aurait été inspiré à l’artiste par un dessin attribué à De Vinci (ou à Verrocchio) et représentant un guerrier au visage austère avec un casque antique ailé.

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    La médaille d’honneur des sapeurs-pompiers connaîtra une évolution notable en 1935. Le ruban restera inchangé mais la médaille sera alors gravée par un autre médailleur réputé : Lucien Bazor (1899-1974), grand prix de Rome en 1923.

    Tout comme le modèle ayant initialement inspiré Oscar Roty, la République sera désormais coiffée d’un casque de sapeur-pompier ! Le revers sera agrémenté d’une inscription « HOMMAGE AU DÉVOUEMENT ».

    La dernière modification issue du Décret n° 2017-1155 du 10 juillet 2017 relatif à la médaille d’honneur des sapeurs-pompiers, hormis les bélières, concernera le ruban, toujours jaune, mais avec trois liserés tricolores. La mention « République française » disparaît sur l’avers au bénéfice de celle de « Ministère de l’Intérieur ».

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    Remarquons que, depuis 1976, la féminisation des rangs des sapeurs-pompiers rend moins atypique le profil féminin, telle Marianne, des représentations de la République. Un profil masculin coiffé d’un casque est présent depuis 1981 sur la médaille d’honneur pour services exceptionnels.

    Qu’elles soient l’œuvre d’Oscar Roty ou de Lucien Bazor, les profils féminins respectent, bien avant sa parution, un élément de l’arrêté du 8 avril 2015 : « les cheveux doivent être d’une longueur compatible avec le port d’une coiffe ou être attachés » ! L’effigie avec son casque ailé d’Oscar Roty, décrite plus haut, avait les cheveux longs et libres !

    Pourquoi les médailles peuvent voir leur apparence, et leur coût, différer d'un fabricant à un autre ?

    Le décret du 10 juillet 2017, cité ci-dessus, décrit les médailles en précisant qu’elles sont déposées à l’administration des monnaies et médailles, mais quelle est donc cette « administration » ?
     
    Il s’agit d’un service public industriel et commercial rattaché au ministère de l’économie, des finances et de l’industrie. Il fabrique et vend divers produits :
    • en situation de monopole pour la monnaie métallique courante française,
    • en secteur concurrentiel pour des produits tels que les monnaies métalliques courantes étrangères, les monnaies de collection, les médailles et décorations, les fontes d’art et les bijoux.
     
    L’administration des monnaies et médailles est plus connues sous le vocable de « Monnaie de Paris ».
     
    La fabrication et la vente des médailles relèvent donc maintenant du secteur concurrentiel et cela explique des écarts notables de qualité et de prix. Si l’on exclut quelques interprétations erronées* de certains fournisseurs, il faut admettre que le fabricant historique a conservé un savoir-faire qui garantit un résultat qualitatif. Les acheteurs ont aussi une part de responsabilité dans la diffusion d’articles de piètre qualité dès lors qu’ils ne maîtrisent pas le cahier des charges et le descriptif des médailles officielles, et qui plus est, cherchent à diminuer ostensiblement les coûts.
     
    Décerner une décoration à un récipiendaire, c’est une marque appuyée de reconnaissance. Elle devrait donc aussi se traduire par l’octroi d’une médaille de qualité et pas d’une « breloque » !
     
    C’est enfin, et aussi, reconnaître et respecter le travail minutieux et artistique des graveurs tels qu’Oscar Roty et que Lucien Bazor.

     

    * notamment : confusions entre les médailles d’avant et d’après le décret de 2017, effigie de République avec un profil masculin, non-respect des dimensions des médailles et des rubans, …

    Rescue18 tient à remercier monsieur Chantereau, conservateur du musée Oscar Roty, pour l’aide précieuse apportée à la rédaction de cet article, que ce soit par des images d’illustration ou par ses avis d’expert.

    Pour aller plus loin...

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