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    Un accident à l’origine de la désincarcération moderne

    À la suite d’un grave accident de circulation dont il a été témoin entre Château-Arnoux et Sisteron (Alpes-de-Haute-Provence), Joseph Gallego, artisan carrossier, invente des outils permettant de désincarcérer les blessés. Il raconte…

    Il est environ 17 heures, le 19 septembre 1970, lorsqu’un terrible accident se produit sur la route qui relie Château-Arnoux à Sisteron (Alpes-de-Haute-Provence). Le camion endommagé a les quatre roues en l’air et la cabine est enfoncée dans un platane. Quatre heures d’efforts seront nécessaires pour ouvrir la cabine et sortir la victime hors du camion à l’aide d’un treuil. Au moment de poser le blessé sur le brancard, son pouls est à peine perceptible. L’hôpital de Sisteron est prévenu et se prépare à recevoir le blessé en salle d’opération pour une amputation de la jambe gauche. Il faut savoir qu’à cette époque aucun matériel de désincarcération n’existe. Les seuls outils dont disposent les sauveteurs sont la hache, le pied-de-biche, la barre à mine, le cric SNCF, le cric de voiture et le chalumeau oxhydrique. De plus, aucun personnel n’est compétent à proprement parler pour de telles interventions. Dans les semaines qui suivent ce dramatique accident, Joseph Gallego, artisan carrossier, s’efforce de trouver un appareil susceptible d’écarter les tôles afin de dégager les victimes dans des délais beaucoup plus courts. 

    À cette époque, il existe des vérins d’une puissance de 10 tonnes, mais il faut trouver un système d’écartement. Le garagiste a alors l’idée de fabriquer deux bras reliés à leur extrémité par une crémaillère réglable avec un vérin de 10 tonnes placé au centre, ce qui a pour effet, lorsque la crémaillère est bloquée, d’ouvrir les bras de l’écarteur. On envoie la pression dans le vérin avec une puissance maximale de 5 tonnes en bout de bras. Dans les jours qui suivent, il effectue plusieurs essais d’ouverture de porte et de remontée de colonne de direction sur des voitures accidentées, et le système semble efficace. Gallego informe donc les gendarmeries de Sisteron et de Château-Arnoux qu’on peut éventuellement le tester dans des accidents afin de libérer les victimes restées coincées à l’intérieur des véhicules.

    Avec la mise en œuvre des moyens de désincarcération, les sapeurs-pompiers vont revoir leurs techniques d’extraction de victimes. © Collection Joseph Gallego

    Moment de vérité !

    Gallego n’hésite pas à payer de sa personne pour démontrer l’utilité de ses outils. © Collection Joseph Gallego

    Fin octobre, il reçoit un appel téléphonique de la gendarmerie de Château-Arnoux lui demandant de se rendre, avec son appareil, sur un accident de circulation particulièrement grave. Le sinistre implique, d’un côté, une DS Citroën dont le conducteur est bloqué sous le volant, son épouse à droite, le tableau de bord sur les genoux, deux enfants à l’arrière du véhicule et les portes coincées, et de l’autre, une 404 avec le conducteur tué sur le coup et son épouse, à droite, incarcérée.

    C’est le moment de vérité pour connaître le bon fonctionnement et l’efficacité de cet écarteur.

    Gallego ouvre la porte arrière de la DS pour libérer les enfants. Pour la passagère, il procède à l’ouverture de la porte, au relevage du tableau de bord et au dégagement de la personne. Il s’occupe ensuite d’ouvrir la porte du conducteur et de relever la colonne de direction. Le tout, relativement rapidement. Les personnes présentes sur les lieux veulent voir et toucher le nouvel appareil.

    Une entrée remarquée chez les pompiers

    Dans l’assistance, une personne l’aborde : il s’agit du colonel Michel de la préfecture des Basses-Alpes (Sic), qui lui demande où il a  acheté cet appareil. Lorsque le garagiste lui explique qu’il l’a fabriqué lui-même, le colonel l’exhorte à se présenter le lendemain matin à son bureau. Inquiet d’avoir « démoli » deux voitures, le garagiste décide néanmoins de répondre à l’invitation. Dans le bureau du colonel Michel, une dizaine de personnes attendent. 

    Les présentations effectuées, Joseph Gallego donne des explications sur le fonctionnement de son invention. Le colonel lui conseille alors de se rendre à l’école de Valabre pour y rencontrer le Professeur Arnaud. Entre-temps, la presse a informé le grand public des possibilités de dégagement des victimes avec un écarteur. L’homme arrive donc à Valabre avec son appareil où, une fois de plus, il explique son fonctionnement au tableau noir, sans remporter vraiment la conviction des autorités présentes. À la fin de l’exposé, le Professeur lui demande s’il est possible d’essayer l’appareil sur une voiture. Le groupe se dirige alors vers deux Peugeot 403. À la demande du Professeur Arnaud, celui que l’on nommera bientôt le « père de la désincarcération moderne » pose l’écarteur sur la portière, côté conducteur, et l’ouvre avec une extrême facilité. Le Professeur Arnaud n’en croit pas ses yeux et lui demande de bien vouloir relever la colonne de direction. En quelques minutes, le volant sort par le pare-brise avant du véhicule. Les trois autres portes de la 403 sont ouvertes en quelques secondes. Au tour ensuite de la deuxième voiture d’être mise à l’épreuve avec ouverture des portes et relevage de la colonne de direction. 

    Un grand nombre de personnes veulent aider ou essayer l’appareil. Pari gagné pour Gallego.

    Les outils mis au point par Joseph Gallego ont une base commune. Un judicieux mélange d’équipements permet d’écraser, de couper, de soulever les tôles des automobiles accidentées. ©Collection Joseph Gallego

    L’ère de la désincarcération moderne peut enfin commencer. 

    Pour en savoir plus...

    Cet ouvrage reprend tous les fondamentaux du secours routier et s’adresse aux secouristes qui pratiquent cette discipline délicate.

    Crédits photos et documentaire: Soldats du Feu magazine & Editions Carlo Zaglia

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