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    Le sauvetage de sauveteur : mode d’emploi – Partie 2 –

    Pour déjouer un piège, il faut déjà en connaître les principes. Puis, savoir quelles sont les techniques existantes pour s’en sortir vivant.

    Un feu dans un bâtiment représente un duo hostile et dynamique qui peut piéger le sauveteur. Une attitude proactive et pragmatique est source de savoir, savoir-faire et savoir-être face aux pièges qui, hélas, ont déjà tués des sapeurs-pompiers. Pourquoi un sauveteur, engagé sous ARI dans un bâtiment où se développe un incendie, peut-il devenir une victime ? Quelles sont les techniques pour prévenir ces dangers, voire y réagir ?

    En décembre 2003, le colonel Pourny conclut un rapport demandé par le ministre de l’Intérieur sur l’étude des missions confiées aux sapeurs-pompiers et l’amélioration de leur sécurité. Pour rappel, la profession déplore toutes causes confondues en 2002, 25 décès, et sur la période allant de 1992 à 2002 une moyenne de 20 décès par an. Parmi ses 200 propositions, une « formation pour le sauvetage de sauveteurs » est préconisée avec la rédaction d’un GNR. De plus, une « culture de sécurité » est y prônée, contrairement à la « culture du risque » bien ancrée dans les mentalités qui fait que l’on accuse souvent à tort la fatalité suite aux drames opérationnels.

    Sept ans après, en sus des risques à caractère humain tels que la blessure ou le malaise encore mal pris en compte, d’autres risques plus techniques restent sous-estimés car méconnus, en tête desquels on trouve la désorientation liée à l’opacité des fumées.

     Le sauveteur sous ARI, une fois piégé, même dans dix mètres carrés, sera confronté à la gestion de son air. Les pompiers suédois font d’ailleurs à ce sujet un parallèle réaliste entre les plongeurs et ceux qui plongent dans un autre milieu hostile : les fumées, en nommant les pompiers y travaillant sous ARI les smoke diver.

    Afin de prévenir la désorientation dans un bâtiment, il importe d’en repérer ses faces à l’arrivée sur les lieux, (cf. rubrique technique opérationnelle SFm n°35). Le principe des quatre faces, où la face A est la principale par laquelle on accède, puis les faces B, C, D en tournant dans le sens des aiguilles d’une montre. On s’y engagera à genoux lors de la reconnaissance. 

    À l’attaque, il convient de progresser par la droite ou la gauche du volume en respectant ce sens, au contact du mur et en se guidant avec le dos de la main, plutôt qu’avec la paume car on pourrait être amené à serrer un conducteur électrique. Pour éviter les éventuels obstacles, on peut sonder le sol devant soi avec sa main, sa botte avec la jambe détendue, voire le manche de sa hâche. Enfin, sans contact visuel possible du fait des fumées, un lien auditif et tactile au sein du binôme est nécessaire, à travers la voix et une main de l’équipier sur la botte de son chef.

    Le chef s’amarre à l’équipier qui s’amarre au tuyau, mais par une simple boucle autour de ce dernier, pour faciliter la progression du binôme. Attention, cet amarrage multiple peut être néanmoins une source potentielle d’emmêlement. Pour autant, si le binôme est dissocié lors de la reconnaissance d’un volume par l’équipier alors que le chef reste à la porte en protection à la lance, il convient à minima de s’amarrer entre le chef et l’équipier. Un projecteur au sol à l’entrée constituera un « phare » indiquant la sortie à ce dernier.

    Binôme en progression dans un caisson d’entraînement avec fils pendants.

    Comment réagir une fois perdu ?

    Une fois le message radio effectué, ou en son absence, lorsque sa balise sonore de localisation (BSL) est déclenchée, il faut faciliter sa localisation pour les secours. Il convient de rester au contact du tuyau, le long d’un mur, d’orienter son projecteur vers le haut, de faire du bruit avec sa BSL déclenchée, en frappant contre le mur et/ou le sol avec un outil, en gardant sa radio allumée, volume au maximum pour créer un effet de Larsen, dû à la proximité de deux postes dont les volumes sont aussi à leur maximum. Enfin on peut tenter de perforer un mur ou une cloison avec ses outils de forcement pour se dégager.

    Autre piège sur feux d’habitation, de bureaux, de magasins : l’emmêlement. De nombreux fils, câbles, et autres flexibles ou gaines souples sur armature spiralée en acier destinés à l’électricité, l’informatique, la VMC, le chauffage ou la climatisation, sont fixés aux plafonds et faux plafonds. Quand ils subissent le rayonnement des fumées, leurs supports en alliage léger et leurs gaines cèdent. Voilà une véritable « toile d’araignée » potentielle pour un pompier sous ARI qui offre des prises de choix, que sont sa lampe de casque, sa plaque attribut, les brides du kit F1, le haut de sa bouteille, la robinetterie, sans compter les éventuels ceinturons, harnais, mousquetons, portes-lampes, et autres tricoises…

    Technique du "bail"out"

    Outre de possibles brûlures au cou, qui montrent l’importance d’un col de veste haut, d’un bas volet de casque, d’une cagoule double épaisseur, le manque d’air peut devenir critique si le sauveteur ne peut se libérer de sa « toile ». Afin de prévenir ce risque, il est important d’être le plus « lisse » possible, pour citer le colonel (er) Jean-François Schmauch. Il faut que notre petit matériel soit rangé dans nos poches de veste et de surpantalon, accessibles à des mains gantées mais à l’abri. Sonder devant soi au moyen de ses bras par une technique de « nage » au sol devant et au-dessus de nous pour anticiper l’emmêlement. Si on est bloqué, la conduite à tenir consiste à reculer, et si cela ne suffit pas, à reproduire un mouvement de crawl d’avant en arrière et vice et versa, à genoux ou à plat ventre, aidé de son binôme.

    En cas d’emmêlement confirmé, on peut tenter de couper pour se dégager. Le ciseau coupe-câble, spécialement conçu pour ce genre de situation, fait partie du matériel de base chez nos homologues anglo-saxons. Léger et à ouverture sécurisée, il en existe à moins de 20 euros dans les magasins de bricolage. Piégé et non équipé, on doit prévenir l’équipe de secours équipée au minimum, quant à elle, d’une caméra thermique et d’un coupe câbles…

    Évaluer la stabilité des bâtiments

    En ce qui concerne le risque d’effondrement, le rapport Pourny proposait aussi la rédaction d’un GNR sur les «  principes de construction pour la compréhension de la stabilité des bâtiments et des effondrements » afin d’intervenir en sécurité. Dans cet ordre d’idée, nos homologues de la ville de Madrid, en Espagne, doivent tous, pour prétendre au rang d’officier, être issue de l’ingénierie du bâtiment. Ainsi, ce sont des architectes ou des ingénieurs des écoles nationales  des Ponts et Chaussée qui dirige les pompiers de la capitale espagnole. Le risque lié à la stabilité des bâtiments est ainsi bien pris en compte. Les charpentes dites « américaines » sont des fermettes dont l’origine outre-Atlantique remonte aux années 1950, utilisant des bois de faibles sections. Un procédé de triangulation permet d’obtenir une grande solidité de l’ensemble, car les bois sont assemblés par des agrafes dont les pointes sont de courte longueur. Equipant 60% des toits en 2004 aux Etats-Unis, elles se sont généralisées depuis des années sur nos constructions immobilières car moins coûteuses. Cependant, soumises au rayonnement des fumées leur résistance s’affaiblies très vite. Les panneaux en particules de bois dit Oriented Strand Board (OSB), comprenez là, lamelles minces orientées, se sont imposés, quant à eux, comme matériau de construction incontournable pour les mûrs en ossature bois, les planchers et en décoration pour les bibliothèques, les placards et les cloisons

    Or, selon sa teneur en formaldéhyde et l’apport d’air, sa réaction au feu comporte un taux de pyrolyse important voire un taux de dégagement de chaleur très élevé, supérieur à l’aggloméré, contribuant ainsi au développement de l’incendie. Quid alors de sa résistance au feu ? Face à ce risque, il convient développer nos connaissances bâtimentaires, de sonder le plancher surtout en l’absence de visibilité, notamment lors des feux de comble ou de cave. La démocratisation de l’utilisation de la caméra thermique pour « voir » dans les fumées, permettrait non seulement de se prémunir de ces risques, mais aussi de trouver les victimes, pompiers inclus. Le rapport du colonel Pourny ajoute la définition d’un signal d’alarme d’évacuation générale de la zone d’exclusion, par exemple au moyen d’une corne de brume reliée entre chaque engin, afin de prévenir à temps les équipes engagées dans le bâtiment, à l’instar de nos collègues nord-américains.

    Enfin, s’extraire d’un volume peut aussi s’avérer vital en cas de phénomène thermique. Le flashover notamment, piège ultime du sauveteur en fonction de la configuration du bâtiment et malgré le Toottem et sa lecture du feu, n’offre que peu de possibilité de survie au binôme. Solution ultime de protection : la position de lance en jet diffusé ouverte à plein débit et dirigée au dessus de leurs casques.

    Le rapport Pourny, s’appuyant sur le GNR phénomènes thermiques seulement publié en 2003 (alors que la connaissance de ces phénomènes est avéré depuis longtemps), renforcé depuis par le GNR sur l’utilisation des lances à eau à mains de 2007, insistent sur la mise en place d’un itinéraire de secours, sorte de plan B de l’itinéraire de repli, au moyen des échelles à mains ou aériennes, positionnées de façon tactique sur les façades où évoluent les binômes, et conditionnés « par une circulation permanente de l’information entre les personnels engagés et ceux restés à l’extérieur ». Comme spécifié dans le GNR de 2003, le point clef est en effet, la communication ! Car à l’instar d’une victime composant le 18, le sauveteur piégé doit pouvoir donner l’alerte. Son message précédé d’un « urgent, urgent » doit préciser à minima son identification, sa localisation dans le bâtiment (face, étage, secteur) et il doit signaler le degré de gravité et les causes de la détresse (blessure, malaise, désorientation, emmêlement, effondrement). Après la prise en compte du message, la continuité de la liaison entre le Cos et l’équipe de sauvetage est primordiale. Dans l’attente des secours, le contrôle de la respiration va devenir une priorité pour économiser son air. Avec de l’entraînement, c’est-à-dire une pratique régulière d’exercices dédiés, l’autonomie restante peut être considérablement optimisée, même si l’efficacité est variable sur le terrain en fonction du stress. 

    Différentes techniques existent, comme l’inspiration profonde par le nez, en bloquant pendant deux secondes au moins la réspiration puis en expirant doucement par la bouche. Dans ce domaine, des recherches du London Fire Brigade en 1990, citées dans le livre de Paul Grimwood « Euro Firefighter », démontrent qu’une autonomie théorique restante de 10 minutes, peut en atteindre 60 grâce à ces techniques.

    Il faut une circulation permanente de l’information entre les personnels engagés et ceux restés à l’extérieur

    Pour en savoir plus...

    Pour les sapeurs-pompiers depuis la fonction d’équipier jusqu’au commandant des opérations de secours !

    Itinéraires de repli et de secours

    Évacuer une structure en urgence n’est pas toujours facile. Afin d’augmenter la sécurité des personnels, il est important d’identifier, dès la reconnaissance, l’emplacement des itinéraires de repli, mais également des itinéraires de secours. Lors de sa parution en 2003, le GNR Explosion de fumées – Embrasement généralisé éclair édictait la règle de l’itinéraire de repli et de l’itinéraire de secours. Bien que primordiale, celle-ci n’est malheureusement pas appliquée tous les jours sur le terrain. Pourtant, elle fut reprise dans le cadre du rapport Pourny et elle est également présente dans le dernier GNR, concernant l’ « utilisation des lances à eau à main ». Mais quels sont ses objectifs, et en quoi est-elle si importante ? Il s’agit en fait de permettre à des intervenants d’évacuer d’urgence, en cas d’imminence ou de survenue d’un embrasement généralisé éclair par exemple. Souvent, dans le cadre de la survenance de ces phénomènes, le chemin d’accès n’est plus toujours praticable et il faut alors partir à la recherche d’une nouvelle voie de sortie, et ce dans l’urgence. Pour éviter cette situation, pour le moins dangereuse et aléatoire, lors de la progression, on distingue deux types de cheminement. L’itinéraire de repli, qui est constitué du trajet d’accès emprunté par

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    Le sauvetage des sauveteurs – Partie 1 –

    Les pompiers sont aussi les victimes des sinistres qu’ils viennent combattre. Chez nos voisins, des formations existent pour sauver les sauveteurs. En France, nous en sommes encore très loin, même si certains Sdis avancent dans ce domaine, conscients que la vie d’un sapeur-pompier est inestimable. Il est 23h30 ce jour lorsque votre bip sonne : départ FPT ! Vous êtes engagé dans le cadre d’un groupe incendie pour feu d’appartement… Chef d’équipe BAT, vous finissez de vous équiper tout en écoutant attentivement votre chef d’agrès répondre au Codis qui lui confirme un feu avéré avec nombreux appels. La présence de victimes dans l’habitation incriminée n’est par ailleurs pas exclue, ce qui ne manque pas de générer un sentiment antagoniste d’excitation et d’appréhension au sein de l’équipage. Le deux-tons lancinant, scandé à intervalle régulier, et le reflet bleuté régulièrement projeté sur le mobilier urbain qui défile dans la pénombre à toute allure vous rappelle, s’il en était besoin, la vocation même de votre mission : porter secours. Et vous ne pensiez pas si bien dire…  En effet, prestement arrivé sur les lieux, l’odeur tenace de brûlé corrobore la gravité de la situation : un appartement entier au 2e étage est la proie de l’incendie,

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